Quatre vingt treize Victor Hugo

par | 22 Nov,23 | 1. Mes Articles

En ces périodes de guerre où la violence fait rage partout dans le monde et où la France se fracture j’avais envie de me replonger dans ce livre de Victor Hugo, son dernier roman, une sorte de testament politique écrit au lendemain de la Commune de Paris tel un livre de combat.

De nombreuses réflexions m’ont assaillie lors de cette lecture sur la violence et les actes quasi barbares du début de notre république, à une période où l’on guillotinait presque pour un oui ou un non, à une période où les massacres se justifiaient parce que la république et la Nation étaient menacées.  De toutes ces douleurs, de toutes ces souffrances, nécessaires ou pas, la paix peut-elle naître ?

Dans un style flamboyant où on retrouve toute la verve de Hugo et tout le plaisir de lire ses phrases si évocatrices, j’ai trouvé toutefois cette lecture difficile, notamment par la violence qu’elle décrit si bien, y compris chez les enfants qu’on aurait espéré épargnés.

Ce livre retrace l’épopée de la guerre des rouges contre les blancs en Vendée en 1793, l’installation de la Convention nationale dirigée par les Girondins qui a proclamé l’abolition de la royauté le 21 septembre 1792, en faisant place à la Première République. Danton, Marat et Robespierre et la guillotine sont au cœur de cette lutte pour l’instauration de notre République.

Dans ce roman on suit les méandres de la grande Histoire à travers trois personnages principaux qui s’affrontent : l’aristocrate Lantenac, fidèle à son passé et fier de soutenir le Roi, son petit-neveu Gauvain, tourné vers ce qu’il pense être l’avenir généreux de la République, et le conventionnel Cimourdain, qui lui est plus durement soucieux des exigences présentes de la Révolution et de la Terreur. Tous sont guidés par une certaine idée du devoir et de l’honneur qui conduit chacun à une certaine forme d’héroïsme. Peu de personnages féminins si ce n’est celui de la mère à la recherche de ses trois enfants qu’on lui a arraché.

Dans cette épopée où le romancier mêle la fiction de l’intrigue et la réalité de l’Histoire – Danton, Robespierre et Marat sont au centre du livre, chacun des trois héros se trouve ainsi guidé par une certaine idée du devoir et de l’honneur. Et chacun sera conduit à une forme de bravoure et de vaillance qui n’écarte pas la mort.

Citations :

 » Le 14 juillet avait délivré.

Le 10 août avait foudroyé

Le 21 septembre fonda. « 

 » La convention est le premier avatar du peuple. C’est par la Convention que s’ouvrit la grande page nouvelle et que l’avenir d’aujourd’hui commença… Il y eut un premier problème à résoudre, loger la convention. On prit .. Les Tuileries. On dressa un châssis, un décor, une grande grisaille peinte par David…Les colonnes étaient en douves de tonneau, les voutes étaient en volige, les bas-reliefs étaient en mastic… les murailles étaient en toile. Et dans ce provisoire la France a fait de l’éternel. « 

« Cimourdain était une conscience pure mais sombre. Il avait en lui l’absolu… Ce qui fait la nuit en nous peut laisser en nous les étoiles. »

« Le vieillard restait immobile…Cela signifiait que toutes les cloches étaient en branle… Qu’était-ce donc ? Évidemment le tocsin. Certainement quelqu’un était traqué. Qui ? Cet homme d’acier eut un frémissement ce ne pouvait être que lui… »Oui, vous, monsieur le marquis de Lantenac. »

« Cimourdain rêvait Gauvin grand capitaine… ( Il) se figurait Gauvain écrasant du pied les ténèbres, cuirassé de lumière, avec une lueur de météore au front ouvrant les grandes ailes idéales de la justice, de la raison et du progrès, et une épée à la main ; ange mais exterminateur… Une ombre passa sur le front de Cimourdain. Il eut comme un réveil en sursaut et il murmura avec une sorte d’accablement sinistre : « En effet c’est un clément. « 

 » Ce soir la mère… avait marché toute la journée. C’était du reste son histoire de tous les jours aller devant elle et ne jamais s’arrêter…Tout en marchant elle songeait. Elle pensait aux aventures qu’elle avait traversées ; elle pensait à tout ce qu’elle avait souffert, à tous ce qu’elle avait accepté ; aux rencontres aux indignités, aux conditions faites aux marchés proposés et subis, tantôt pour un asile, tantôt pour un morceau de pain, tantôt simplement pour qu’on lui montrât sa route. Une femme misérable est plus malheureuse qu’un homme misérable, parce qu’elle est un instrument de plaisir. Affreuse marche errante ! Du reste, tout lui était bien égal pourvu qu’elle retrouvât ses enfants. »

 » Une bonne action peut donc être une mauvaise action. Qui sauve le loup tue les brebis. Qui raccommode l’aile du vautour est responsable de sa griffe. « 

 » Les deux pôles du vrai…  Dans toute cette partie de la Vendée la république avait le dessus, ceci était hors de doute ; mais quelle république ? Dans le triomphe qui s’ébauchait deux formes de république étaient en présence, la république de la terreur, et la république de la clémence, l’une voulant vaincre pour la rigueur et l’autre par la clémence. « 

 

 

 

 

 

 

 

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