Lasse

De tous ses bleus à l’âme

Et sur le corps

Lasse des coups

Lasse des injures et de l’humiliation

Lasse de ses cris

Lasse de son alcool maudit

Lasse Lasse Tellement Lasse

Ce jour-là elle a pris un couteau

Quand il est venu dans la cuisine

Derrière elle

Pour la millième fois

L’attraper par les cheveux

Et la traîner par terre

Et la piétiner

Pour mettre son corps en miettes

Et son âme en lambeaux

Et jouir de l’entendre hurler

Ce jour-là elle a pris un couteau

Elle s’est retournée

Sans hâte et sans violence

Sans haine ni colère

Elle s’est retournée

Malgré la douleur

Lasse de se protéger

Et protéger son enfant

Étonnée par sa force sa souplesse

Et cette facilité

Elle a pris ce couteau

Un corps si mou si faible

Devant une lame tranchante

Un corps si lourd

Qui s’effondre lentement

Sans un cri

Le regard étonné

Qui se voile brusquement

Calme les yeux secs

Elle se demande pourquoi

Avoir attendu si longtemps

Un cauchemar se termine

Un autre commence

Elle attend

 

Noëlle Barbiera
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