Comment penser qu’un mot peut changer une vie ? Il faut imaginer.
Il n’y a pire fou que celui qui n’imagine pas. …
Alors plus que jamais le poème a sa place.
Le poème est mouvement.
C’est pour moi une façon d’être.
Chacun de nous porte son poème en lui. Le poème de sa vie. Et notre vie toute entière est là pour le mettre au jour. Toute notre vie pour le faire advenir. Pour en chercher chaque mot au plus profond. Pour en trouver le rythme et l’écriture.
En l’intérieur de nous, notre langue singulière. Celle qu’aucune école n’apprend. Celle qu’il nous faut forger nous-même de bribes et de souffles retenus, de paroles entendues, lues, rêvées, de sons qui ont creusé chemin jusqu’au plus profond de nous et qu’un jour nous retrouvons. C’est notre langue. C’est notre monde. Et il faut parfois bien de l’audace pour oser s’y rendre, tenter cette insurrection solitaire et fertile.
A l’école nous apprenons la langue commune. Elle a certes son utilité. Mais le lieu des alchimies profondes avec le monde, c’est la langue singulière, celle que nous apprenons seuls.
Le poème de notre vie nous appartient. C’est peut-être la seule chose qui nous appartienne, encore faut-il en faire la quête. …
Je partage cette quête au fur et à mesure des textes que j’écris. J’en livre ce que je peux, au cours de ma vie.
Quand le partage a lieu, c’est une joie profonde.
Alors je me sens vivante parmi les vivants.
Tout le sel de la mer n’a pas suffi à nos poitrines
Le bleu du ciel est entré
Et souffle dans nos côtes
Quand nous ne marcherons plus nous volerons
Notre nom est une île
au voyage sans fin
par chaque bouche reliée
au cœur d’un autre nom
porté par le du désert le cri
du nouveau-né
Nous sommes archipel
Infini
Dans le temps