Rupi Kaur : Le soleil et ses fleurs
C’est la recette de la vie disait ma mère
lorsqu’elle me tenait dans ses bras quand je pleurais
Pense à ces fleurs que tu plantes
dans le jardin chaque année
elles vont t’apprendre
que les gens eux aussi
doivent se faner
tomber
pourrir
se redresser
pour fleurir.
Pourrir
Ils n’ont aucune idée de ce que c’est de perdre sa maison
au risque de ne plus jamais retrouver de maison
d’avoir sa vie entière
partagée entre deux terres
et de devenir le pont entre deux pays »
Quitter son pays
n’a pas été facile pour ma mère
je la surprends encore à le chercher
dans les films étrangers
et le rayon cuisine du monde des supermarchés
Se redresser
Ta voix me fait
ce que l’automne fait aux arbres
tu appelles pour dire bonjour
et mes vêtements tombent naturellement
ensemble nous sommes une conversation interminable
être
deux jambes
sur un seul corps une relation amoureuse
tu dois avoir un
rayon de miel
à la place du cœur
sinon comment
un homme pourrait être aussi doux
Fleurir
Je viens de la terre
et à la terre je retournerai une nouvelle fois
la vie et la mort sont de vieilles amies
et je suis la conversation entre elles
je suis leur bavardage tard dans la nuit
leurs rires et leurs larmes
de quoi faudrait-il avoir peur
si je suis le cadeau qu’elles se donnent l’une à l’autre
cet endroit ne m’a jamais appartenu de toute façon
j’ai toujours été des leurs