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Chronique : Enfant de salaud /Au temps des raisins verts

Deux romans contemporains

Oser mettre en parallèle le livre d’un écrivain véritable et celui d’une illustre inconnue, quelle audace !
Coïncidence : Le livre : Enfant de salaud de Sorj Chalandon est sorti alors que le mien : Au temps des raisins verts était sous presse chez Librinova. L’interrogation est la même, bien que traitée différemment, que nous transmettent nos pères, la honte, la faute d’avoir choisi le mauvais côté, d’avoir été collaborateur ? Combien aujourd’hui d’enfants, de petits enfants se demandent et demandent encore : qu’as-tu fait papa, grand-père pendant la collaboration ? As-tu participé peu ou prou à cette horreur qu’a été la Shoah ? La visite aux archives ne suffit pas toujours à répondre à cette longue quête.

Pour Sorj Chalendon tout se complique, son père passant sa vie à brouiller les cartes en inventant des histoires auxquelles sans doute il croit, passant d’un côté à l’autre avec une déconcertante facilité. Il est facile aujourd’hui de jeter un œil manichéen sur cette période avec tant de certitudes, on sait bien où était le bon côté.

« L’histoire racontée par les vainqueurs » comme il le fait dire à son père.
« Nous n’avions rien à expier. Ni nazis, ni fascistes, ni aveuglés par le soleil levant, contrairement aux camarades allemands italiens ou japonais, notre passé avait été racheté par la Résistance. Pétain et ses chiens avaient été balayés par nos pères et nos mères. Nous étions les enfants de la victoire et nous pouvions en être fiers… Moi fils d’un collabo dont je ne savais rien, j’applaudissais comme les autres à la légende de nos pères. »

Ce que j’ai bien apprécié dans ce roman:

la description de la colère et la douleur de ce fils qui n’arrive pas à rencontrer son père. Quand le narrateur croit s’approcher d’une vérité le concernant celle-ci s’échappe, oui ce père ment, il a menti et continue à mentir encore envers et contre tous, et surtout envers son fils pour conforter sa légende, à laquelle il adhère sur le moment. A dix-huit ans, il s’est engagé et il a voulu faire la guerre en rêvant d’exploits militaires mais après l’armistice, tout s’embrouille et se complique.
Exalté et bravache, il croyait se faire valoir davantage dans une époque troublée où beaucoup se sont perdus. Oui c’est bien cela qu’il recherche encore : se faire valoir davantage aussi aux yeux de son fils.
La narration du procès de Barbie est remarquable par la pudeur et la dignité, le silence aussi parfois fort éloquent des témoins venus à la barre, l’empathie pour leurs larmes et leur souffrance n’en étant que plus partagée. Le procès de Barbie, devient l’occasion du procès du père qui y assiste et dont l’auteur guette chaque signe, chaque mimique.

Mais nos pères restent nos pères et cette colère et cette douleur doivent bien finir par se gérer.
« Je ne me suis pas inquiété. Je sais que tu as traversé ton lac allemand et que tu m’attends sur l’autre rive. »

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